« Si moi j’ai été pilote, tout le monde peut l’être ! »

ARTICLE DU REPUBLICAIN LORRAIN

Elle a été pilote d’hélicoptère et instructeur à Metz-Frescaty puis à Orange. Une carrière entamée dès ses 19 ans. Et pourtant, à la base, elle ne se pensait pas apte à faire ce métier.

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Pilote en entretien avec des jeunes

Doncourt-lès-Conflans | Armée« Si moi j’ai été pilote, tout le monde peut l’être ! »

La capitaine Sandra est aujourd’hui réserviste opérationnelle pour l’armée de l’Air. Elle a été pilote d’hélicoptère et instructeur à Metz-Frescaty puis à Orange. Une carrière entamée dès ses 19 ans. Et pourtant, à la base, elle ne se pensait pas apte à faire ce métier.

Par Textes : Marie KOENIG – 31 août 2020 à 20:00 | mis à jour le 06 sept. 2020 à 14:41

La capitaine Sandra n’est plus en activité depuis décembre 2013 mais est encore réserviste. Elle intervient souvent auprès des jeunes, dans le cadre de recrutement, comme ce jour-là à l’aérodrome de Doncourt-lès-Conflans.

Son entrée dans l’armée

A l’âge de 19 ans, Sandra souhaite devenir contrôleuse aérienne. Pilote ? Elle n’y a même pas songé. « C’était en 1995, des femmes pilotes, je ne savais même pas qu’il y en avait. » Elle rencontre deux anciens de l’armée de l’Air qui devinent malgré tout son intérêt pour ce métier et la pousse à postuler. « J’avais plutôt une formation en biologie, je n’étais pas première de classe et pas particulièrement sportive. J’étais même une bille en course à pied ! Mais je me suis entraînée dur durant six mois. »

C’est le message que celle qui a décroché ses ailes un an plus tard veut faire passer : « Si moi je l’ai fait, tout le monde peut le faire, c’est une question de volonté, de motivation. Aujourd’hui, il existe même des possibilités pour ceux qui portent des lunettes, qui ont une scoliose. Ça vaut le coup de se renseigner. »A lire aussi

« D’autres besoins et des formations méconnues »

Ce qu’elle admet être difficile

Au cours de son récit, la capitaine reconnaît que cette carrière est très exigeante, et nécessite une vraie abnégation. « On peut être amené à partir en mission au pied levé, parfois – pour des missions exceptionnelles – nous n’avons pas le droit de dire à nos proches où nous allons et pour combien de temps. » Cette maman de deux garçons qui ont aujourd’hui 17 ans reconnaît avoir pu gérer cette vie de famille grâce à un conjoint très présent. Et compréhensif. Car il faut aussi admettre la notion de risque. « Tout pilote connaîtra des moments tendus, dangereux, avoue-t-elle. On part avec une météo qui doit être bonne, et puis au final le relief est accroché, les nuages touchent le sol, on ne peut pas monter car il y a du givre… et on est sur une mission de sauvetage de vie. On ne peut pas nier la pression qu’on ressent à ce moment-là. Mais on est entraîné tout le temps à ça, à trouver des solutions. »

Ce qui fait qu’elle n’a jamais regretté ce choix

Outre le fait que c’est le « métier le plus varié qu’il soit », Sandra cite la notion de cohésion des équipages, plus forte que partout ailleurs. « On a vécu tellement de choses ensemble. Et puis notre vie dépend les uns des autres, c’est assez unique comme sentiment. On est aussi entraîné à toujours s’aligner sur le plus faible, on ne laisse personne derrière. Bref, c’est le plus beau métier du monde. »

Photo RL /Marie KOENIG

Trente baptêmes de l’air offerts aux lycéens

Trente élèves en formation de brevet à l’initiation aéronautique (BIA), de Metz et Thionville, étaient à l’aérodrome de Doncourt-lès-Conflans. Ils ont pu profiter d’un baptême de l’air, sur l’un des petits avions à hélice du club partenaire de l’événement, mais aussi observer le passage d’avions de chasse, arrivés depuis la base aérienne 133 de Nancy-Ochey. Quelques minutes plus tard, un hélicoptère de l’armée se posait devant eux. Au bord de ce dernier, des tireurs d’élite et pilotes d’hélicoptère qui ont accepté d’échanger avec les étudiants pour leur expliquer une partie de leurs missions.

Photo RL /Marie KOENIG

Josselin, 16 ans

Ces trois lycéens sont scolarisés à Chanel à Thionville. Il font partie des jeunes en cursus BIA (brevet d’initiation à l’aéronautique) invités par l’armée à Doncourt pour un baptême de l’air.

Josselin : « Je veux être pilote, un jour, mais pilote de ligne plutôt ! Je ne pense pas être fait pour l’armée. C’est trop de pression pour moi, je pense. Je crois que ce qui me plaît dans le métier de pilote de ligne, c’est l’avion, mais aussi – et surtout, peut-être – les voyages. »

Photo RL /Marie KOENIG

Léo, 16 ans

« À la base, je m’intéresse au monde de l’industrie… mais plutôt à celle de l’automobile. Ce sont mes parents qui m’ont parlé du BIA, et je me suis que c’était une bonne idée. Effectivement, c’est passionnant, je découvre ce monde de l’aviation en plus des matières traditionnelles qui m’intéressent – les maths et la physique –, mais en faire mon métier, c’est une autre histoire. Je ne me vois pas forcément piloter. »

Photo RL /Marie KOENIG

Ilyas, 15 ans

« Je me suis inscrit au BIA par curiosité et parce que je pense que c’est un plus sur un CV. Mais, en réalité, je ne pense pas du tout poursuivre dans cette voie : je veux être expert-comptable. J’ai toujours aimé les chiffres et j’ai eu le déclic lors de mon stage en entreprise, en 3e. Après, c’est une chance de pouvoir voler et rencontrer des pilotes ! »

« D’autres besoins et des formations méconnues »

Major Régis, chef du bureau Air au Cirfa de Metz Par Le Républicain Lorrain 

Photo RL/Marie KOENIG

Pourquoi organiser cette journée de découverte de l’armée de l’Air ?

« Parce chaque année, l’armée recrute 3 500 personnes en France dans plus de 50 métiers différents. Pour l’armée de l’Air, on pense aux pilotes, aux contrôleurs aériens, mais il y a d’autres besoins – des informaticiens, ou des mécaniciens – et d’autres formations méconnues. Comme celle de pilote de drone, qui est un métier à part entière. Le pilote aura une formation complète, avec 40 h de vol sur un avion à hélice, mais il sera amené à terme à piloter depuis le sol des drones pour du renseignement ou des frappes, puisque nous y sommes autorisés depuis un an. »

À quel niveau de difficulté faut-il s’attendre pour les tests ?

« On recrute à partir de différents niveaux d’études – 3e , à bac + 5 et plus – des jeunes de 17 à 29 ans. Tout commence par deux jours et deux nuits au centre de formation de Vandœuvre-lès-Nancy. Une visite médicale détermine les possibilités. Puis la formation militaire débute : on apprend à marcher au pas, mais aussi comment s’habiller, par exemple. Des épreuves sportives et des tests de rusticité (d’endurance physique et psychologique) s’enchaînent ainsi que des QCM (des tests de logique, de vocabulaire et d’anglais). Enfin, il y a un volet qu’on appelle ‘‘inventaire de personnalité’’. Durant cette période, on observe le comportement des postulants. On va leur demander de se lever tôt le matin : lequel aura du mal à être à l’heure, lequel aura refait son lit, comment les uns et les autres s’intègrent-ils ? »

Que représente la formation ?

« Elle dure entre 8 semaines (pour ceux entrés sans le bac, à Orange), 15 semaines (pour le niveau bac à bac + 2, à Rochefort) et 12 semaines (pour les pilotes et officiers au sol, à Salon-de-Provence). Durant cette période, les recrues sont nourries, logées, habillées et on leur verse 1 280 € tous les mois. Au terme de cette période, soit on valide la formation, soit le contrat s’arrête. Sachant qu’il peut encore être rompu facilement durant cette période probatoire, soit parce que le candidat a changé d’avis, soit parce que les résultats ou la discipline ne correspondent pas aux attentes. »

Contact   : Cirfa, avenue Schuman à Metz , 03 87 15 58 61 ou sur www.deveniraviateur.fr

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